Coach vs Manager Coach : quelle différence ?

Quand j’ai commencé ma formation de coach professionnelle, le coaching était une pratique marginale, que je présentais presque du bout des lèvres. Aujourd’hui, le coaching est partout… au point que je me retrouve encore parfois à hésiter à me présenter en tant que telle.

20 ans plus tard, le contraste est saisissant. Le coaching est présent dans tous les domaines et se conjugue à des pratiques et des métiers très différents : coach interne, coach agile, coach bien-être, manager-coach… Cette prolifération reflète une aspiration légitime : celle d’un management ou d’une approche plus humaine, centrée sur le développement des personnes.

L’augmentation du nombre de coachs se confirme encore dans le monde avec 54% de croissance entre 2019 et 2023 – Données ICF Global Coaching Study.  Une croissance record qui s’accompagne d’une crise identitaire. Entre coaching-bashing qui caricature et effet de mode qui galvaude le terme, habiter le coaching est parfois malaisant !

En tant que « Coach 1.0 » (inutile de chercher, je n’ai pas breveté cette approche 😏), j’ai traversé cette transformation de l’intérieur. Aujourd’hui, je souhaite partager mon éclairage sur trois préconçus que cadres, DRH, dirigeants ou futurs coachs gagneraient à interroger avant tout projet ou démarche de coaching.

Préconçu n°1 : Tout le monde peut facilement être coach

C’est sans doute le mythe le plus tenace. Oui, les outils du coaching peuvent s’apprendre. Mais devenir coach soulève des questions autrement plus complexes.

Pour quel projet ? Le coaching n’est pas une fin en soi. Certains veulent accompagner en interne, d’autres créer leur activité, d’autres encore enrichir leur posture managériale. Chaque projet implique des formations, des investissements et des positionnements différents.

Quel coût ? Une formation sérieuse de coach professionnel représente un investissement conséquent en temps et en argent. Les certifications reconnues demandent plusieurs centaines d’heures de formation, de supervision, de pratique.

Quels enjeux ? Accompagner quelqu’un dans sa transformation professionnelle ou personnelle engage une responsabilité. Cela suppose une déontologie stricte, une supervision régulière, un travail constant sur soi.

Quel profil ? Etre coach nécessite d’adopter une nouvelle posture, quel que soit le projet. Cela demande une capacité d’écoute sans jugement, une curiosité authentique pour l’autre, une humilité face à son propre ego, et surtout une volonté de se confronter à ses propres blessures et automatismes.

Préconçu n°2 : Le coaching, c’est juste une boîte à outils

Aujourd’hui, les outils du coaching nourrissent le management moderne. A ses principes fondateurs, le coaching s’est lui-même appuyé sur un ensemble d’enseignements et de pratiques éprouvées en psychologie humaniste, cognitive et systémique, sciences sociales et organisationnelles, neuroscience…

Le questionnement puissant qui responsabilise, le feedback qui transforme l’erreur en apprentissage, l’écoute active qui ouvre de nouvelles perspectives. Ces pratiques sont précieuses, mais elles ne suffisent pas.

Ce n’est pas ce que fait un leader qui compte le plus, mais l’état intérieur à partir duquel il agit. Daniel Goleman

C’est la posture, plus que la technique, qui change la relation et la nature de l’accompagnement. Cette posture repose sur trois piliers :

  • la conviction que chaque personne possède un potentiel à développer,
  • la capacité à écouter sans juger,
  • la volonté de donner du sens et de la responsabilité.

Les outils se transmettent en quelques jours. Combien de temps est-il nécessaire pour adopter une telle posture ? Est-on toujours prêt à endosser une telle posture ?

Préconçu n°3 : Un coaching remplace une formation

Non, le coaching ne remplace pas la formation. Mais il s’y oppose effectivement dans sa posture fondamentale.

La formation (et le conseil) partent du principe que l’expert détient le savoir et le transmet. Le coaching part de la conviction que la personne accompagnée possède en elle les ressources pour trouver ses propres solutions.

Carl Rogers, dont les travaux ont largement inspiré les pratiques et postulats du coaching, induit que « L’individu a en lui de vastes ressources pour s’auto-comprendre et pour modifier son comportement. »

Formation et coaching sont complémentaires, mais ils ne répondent pas aux mêmes besoins. Former quelqu’un à un process, c’est lui donner un cadre. Le coacher, c’est l’aider à développer sa propre façon de l’incarner.

Maintenant que nous avons déconstruit certaines idées, que penser de la posture spécifique du Manager-Coach ?

La croissance du nombre de coachs concerne une majorité de managers qui affichent désormais cette qualification sur leurs profils.

Or, nous savons maintenant pourquoi, un manager qui se dit coach reste juge et partie, ce qui le distingue radicalement d’un coach professionnel indépendant, tiers neutre et soumis à une déontologie.

Pour autant, un manager peut s’inspirer du coaching pour adopter une posture plus facilitante. Il ne sera pas un « coach » au sens professionnel du terme, mais un leader facilitateur, un développeur de talents, un gardien du sens.

La vraie question n’est pas tant de savoir si le manager « utilise » le coaching, autrement dit ses outils, mais s’il en incarne la posture.

Le chemin intérieur

Se former au coaching et adopter une posture de coach, ce n’est pas seulement acquérir des outils ou déployer un processus d’accompagnement. C’est aussi un chemin intérieur, une manière d’aller vers une version améliorée de soi-même.

Car accompagner l’autre suppose d’abord de se confronter à soi : à ses blessures, ses travers comportementaux, ses automatismes relationnels. Le coaching invite à travailler sa capacité d’écoute, mais aussi sa patience, sa bienveillance, son rapport au pouvoir et à la vulnérabilité.

Devenir « manager coach », ce n’est donc pas seulement apprendre à poser de bonnes questions, mais accepter de s’exposer soi-même au processus de croissance.

C’est peut-être pour cette raison que le coaching attire tant aujourd’hui : dans une société en quête de sens, beaucoup y voient un chemin de développement personnel, une manière de mieux se connaître pour mieux agir.

Au fond, ce qui compte…

Aujourd’hui, voir le coaching devenu mainstream me réjouit et m’interroge à la fois. L’enjeu est moins de convaincre de son utilité, que de préserver sa qualité et son sens.

Les outils se transmettent, mais seule la posture transforme la relation qui se crée dans une démarche d’accompagnement. Un vrai leader est reconnu par la qualité de sa présence, son écoute et sa capacité à faire grandir les autres. Ces qualités transcendent les pratiques et leurs tendances. En cela, le coaching n’est qu’une nouvelle invitation à réinterroger ses pratiques et ses valeurs profondes.


PS : pour la petite histoire, je suis Coach et experte en RH. Je cumule les titres mal assumés dans les années 90 et devenus indispensables aujourd’hui. Une sorte de DeLorean, un peu vintage, mais qui traverse les époques avec des outils puissants, profondément transformateurs et une posture pleinement assumée.

Avatar de Sandrine

Par Sandrine

J’accompagne les soignants, les professionnels du médico-social et les étudiants en santé à retrouver des repères, du sens et une manière plus sereine d’avancer dans leur parcours. Dans les métiers du soin, on donne beaucoup. Parfois trop. Il arrive un moment où l’on ne sait plus très bien comment continuer. Cet espace est là pour vous aider à y voir plus clair.