La régulation émotionnelle chez les soignants

LA REGULATION EMOTIONNELLE N’EST PAS UNE COMPETENCE DOUCE

En quoi est-elle cruciale dans les métiers du soins ?

On parle beaucoup d’intelligence émotionnelle. En pratique managériale, la dimension qui s’exprime le plus directement, c’est la régulation émotionnelle. Cette capacité à identifier, comprendre, réguler et mobiliser les émotions, les siennes comme celles des autres, pour travailler ensemble sans s’épuiser.

Réguler ses émotions en tant que soignant et cadre soignant est peut-être la première compétence à acquérir car elle a un impact direct et prépondérant sur l’efficacité thérapeutique, la prévention de son épuisement professionnel et la communication interprofessionnelle.

Exposés continuellement à des défis émotionnels – face à la souffrance, aux réalités de terrain, aux dilemmes éthiques, au maintien de la distance professionnelle – les professionnels du soins sont mis très vite aux défis émotionnels.

Souvent en lieux clos, j’ai été témoin de soignants submergés par leurs émotions face à certaines situations complexes. Je pense à une cadre de santé en particulier, très impactée par une organisation en grande difficulté. Ce qui me semblait important alors, au-delà de l’écoute que je pouvais lui apporter, était de ne surtout pas lui demander de maîtriser ses émotions. Mais d’abord de les accueillir, pleinement.

Concrètement, le travail des émotions repose sur 4 enjeux majeurs : cultiver la conscience de ses propres émotions, développer des techniques de régulation émotionnelle, approfondir sa capacité d’empathie et optimiser ses aptitudes relationnelles.

Plus simplement :

– Individuellement c’est un repère intérieur
Repérer une émotion dans son mental comme dans son corps, c’est déjà la réguler. Un agacement dans le ventre, une peur dans la gorge, une fatigue mentale… Nommer ces émotions est un premier pas vers plus de clarté.

– En management c’est un appui pour avancer ensemble
Dans mes missions, j’accompagne souvent des collaborateurs ou des managers traversés par des émotions fortes. Ouvrir un cadre à cette expression n’est pas toujours évident en collectif, ni en présence des personnes concernées. Mais avec le temps c’est possible et même plus facile en le ritualisant.

Dans un premier temps, je privilégie un espace plus intime et sécurisant : un échange court, au calme, pour poser ce qui se passe et nommer les faits.
Ce recul permet ensuite de revenir en collectif avec plus d’apaisement et d’ouverture au dialogue. Et c’est là que peut s’opérer le pilotage par les tensions : en abordant ce qui doit l’être et en ajustant le cadre si nécessaire.

C’est aussi créer des « sas » de décompression, une salle, un jardin… et surtout des temps propices et ritualisés à l’expression des émotions.

► Car la tension est ce qui s’installe quand l’émotion n’a pas été régulée. Et à défaut de s’exprimer sainement, elle fait place à l’irritabilité, aux absences, aux erreurs, au retard de projets, aux départs, à la perte de sens.

En quoi c’est essentiel ?
Valoriser le développement de l’intelligence émotionnelle au sein des équipes et l’intégrer dans les pratiques de régulation managériale, permet de faciliter :
– le passage des situations difficiles
– la qualité de vie au travail
– les relations interpersonnelles
– et la coopération au quotidien

La régulation émotionnelle, une compétence discrète mais profondément utile.

Quelle est votre meilleure stratégie pour réguler vos émotions ?

Avatar de Sandrine Gratadour

Par Sandrine Gratadour

J’accompagne les soignants, les professionnels du médico-social et les étudiants en santé à retrouver des repères, du sens et une manière plus sereine d’avancer dans leur parcours. Dans les métiers du soin, on donne beaucoup. Parfois trop. Il arrive un moment où l’on ne sait plus très bien comment continuer. Cet espace est là pour vous aider à y voir plus clair.