
Le pouvoir créatif est en chacun de nous et il conditionne notre manière d’être au travail.
Quelle créativité pour le soignant ?
Bien souvent nous restons enfermés dans cette croyance que nous ne sommes pas tous en capacité de créer ou d’agir d’une manière différente, de poser notre regard autrement sur ce que nous faisons, ou de répondre aux sollicitations, aux injonctions.
Ces enfermements sont parfois causés par notre environnement : un management directif, des process trop rigides, des plannings trop chargés. Mais ces enfermements sont aussi invisibles et plus intimes :
- des croyances limitantes : Mon travail n’a rien de créatif, ce n’est pas ce qu’on attend de moi.
- des routines figées : J’ai toujours travaillé comme cela, c’est plus rassurant.
- des injonctions intérieures : Je ne suis pas créative.
En Occident, on associe souvent, soins et savoir scientifique. Or, selon de nombreuses approches, l’acte de soin peut-être davantage associé à l’art qu’à la logique. La médecine ou toute autre forme d’accompagnement de l’humain sortent de la pure abstraction scientifique pour faire face à un humain, vivant, traversé par la maladie et bien souvent par la douleur. Un humain qui pourrait être soi, le soignant pris au cœur de sa propre humanité.
Ce qui fait l’unicité d’un professionnel de soins n’est-il pas davantage lié à la façon dont il pose ses regards, ses gestes, son écoute qu’à sa technicité ? Son aptitude à utiliser son savoir-faire d’une manière qu’il le rendra unique auprès de ses patients ? Soigner ne peut donc se réduire à la répétition d’un savoir-faire mais de créer, à partir de ces rencontres, des moments uniques de soins.
Dans un contexte très différent, je me souviens de cette première fois où j’ai entendu un agent de la SNCF présenter les services à bord d’un train en marche avec un discours humoristique, voire un peu satirique… A quel moment cet agent s’est-il autorisé à créer une allocution aussi originale ? Partant d’un discours préconçu, il a élaboré sa propre présentation, sa signature, sa singularité. Au-delà du sien, combien de sourires a t’il généré au sein des compartiments ?
Soigner en sortant du cadre
En tant que patient, ne fait-on pas la différence entre un soignant qui applique les protocoles à la lettre et celui qui saura écouter, comprendre et adapter son approche ? N’est-ce pas là le début d’un travail créatif ? Une manière aussi d’inventer ou de réinventer son activité.
La créativité demande aussi de la curiosité : ne pas penser que l’on connaît déjà tout, renouveler son regard sur sa pratique, prendre le risque de se faire bousculer, se laisser surprendre par d’autres visions. Et cette curiosité à l’inconnu nécessite un peu de courage pour oser la spontanéité d’un geste ou d’un nouveau comportement.
Sans aller devenir un nouveau clown thérapeutique, l’utilisation de l’humour dans les relations patient-soignant est une forme d’expression de la créativité, par cette capacité à sortir du cadre traditionnel du langage et des convenances instituées.
Chaque mise en lumière, chaque marque sur la coquille (la réf est dans l’image…) est déjà un pas vers l’extérieur. L’extérieur d’un cadre qui ne doit pas nous enfermer, mais seulement nous protéger et nous rassurer au besoin.
Au-delà de la posture et des directions que nous prenons, il y a aussi la rencontre avec l’autre, en tant que collègue, responsable, patient, famille de patient.
Changer notre regard, c’est déjà commencer à transformer nos pratiques. Quel que soit notre activité… chacun de nous a ce pouvoir créatif.
Quel regard portez-vous sur la façon dont vous pratiquez vos soins ?
